Récits et hommages

Sommaire :

1. Récit de Henri Conradt
2. Liste détaillant plusieurs victimes en Moselle durant la guerre par Fernand Lanzi

 

 

 

 

Avant-propos : Henri Conradt, de Kerling-lès-Sierck est le mari de Louise, née Retter, sœur de Maria Clément, appelée également "Tata Maria", née Dupont et cousine germaine de Albert Dupont.

Me voilà donc dans ce train parti de Thionville et qui mettra plus d'une semaine pour arriver à destination d'un pays qui se nommait alors la Tchécoslovaquie. Nous étions cantonnés là pour deux mois, le temps d'apprendre à être de vrais soldats. C'est avec le grade de sergent que je fus envoyé sur le front russe et plus précisément à Stalingrad. J'appartenais à la 113ème division d'infanterie du VIIème corps d'armée commandé par le Général Heitz. Notre section était constituée d'Alsaciens-Mosellans et l'on avait pour chef un véritable SS. Loin de nos terres et avec un tel encadrement nous n'avions pas de solution de fuite. Le bruit des obus était assourdissant et les cris des blessés effrayants.

Après un mois d'enfer, la grande offensive russe est arrivée en février 1943. Elle avait pour but de prendre Stalingrad et ses environs en tenaille. Voyant la situation se dégrader notre chef criait : "tous à l'attaque". Devant notre refus de nous faire massacrer il nous avait clairement indiqué qu'il n'hésiterait pas à nous tuer si l'on n'obtempérait. C'est alors que Pierre, un alsacien de Brumath, tourna son arme vers notre chef et le tua avant de nous crier à tous "que Dieu soit avec nous et que chacun sauve sa peau".

Nous avons alors couru pendant 3 jours et 2 nuits pour échapper à cet encerclement pour malheureusement retomber dans les mains de l'armée allemande. Notre campement jouxtait un parc à vaches et étant fils d'agriculteur, il m'était facile d'en traire l'une ou l'autre et apporter du lait frais à mes compagnons, ce qui nous a permis de survivre puisque l'armée allemande manquait de tout dans cette région.

J'ai pu ensuite profiter d'une petite permission de trois semaines à la maison. Je ne voulais plus retourner sur le lieu des horreurs passées mais les représailles vis à vis de ma famille m'y ont obligé. Me voilà à nouveau au combat avec une peur décuplée par mon expérience passée. Les bombes soviétiques se sont abattus sur nous et je n'ai eu que le temps de plonger dans un ancien trou d'obus. Bien plus tard, je me suis retrouvé sur un lit d'hôpital avec des chevilles criblées d'éclats. La guerre était fini pour moi et six mois plus tard me revoilà revenu au sein de mon foyer.

Malgré mes difficultés pour marcher, j'ai eu la chance de voir grandir mes enfants et ainsi pouvoir témoigner de cette époque sanglante de l'histoire. Je dois avouer que ce n'est qu'à l'âge d'être grand-père que j'ai trouvé la force d'en parler.

1. Récit de Henri Conradt recueilli par Louis et Patrick Dupont

 

 

Je me nomme Henri Conradt. Mosellan de souche, j'ai passé toute ma vie dans mon village natal, toutes sauf deux années.

La Moselle étant zone occupée, l'armée allemande avait besoin "d'hommes frais" pour reconstituer ses troupes sur le front de l'Est. Ainsi au printemps 1942, un officier de la Wehrmacht se présenta à la mairie avec la liste des enfants réquisitionnés. En effet, j'avais à peine 17 ans et lorsque je fus un "Malgré-Nous" de plus sur la liste obligatoire.

La tristesse était grande à la maison car elle associait la haine de servir l'occupant et la peur de ne plus revoir son fils.

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Henri Conradt

 

2. Liste détaillant plusieurs victimes en Moselle durant la guerre par Fernand Lanzi, avril 2013

 

 

 

En hommage aux innombrables victimes civiles de la dernière guerre restées dans l'ombre

 

OBER-KONTZ (05.10.1940)

Le 5 octobre 1940, Jean WELFRINGER, agriculteur et viticulteur à Haute-Kontz, père de trois enfants, sauta avec son attelage sur une puissante mine. L'intéressé et les deux chevaux de l'attelage furent tués sur le coup.

FRECHING (19.04.1941)

Le 19 avril 1941, Eugène BEISEL, un enfant de Fréching âgé de six ans, trouva une grenade à fusil abandonnée dans une tranchée à proximité du village. En la ramassant, celle-ci explosa et lui arracha la main gauche.

MALLING (25.05.1944)

Armand COUTY, son cousin Félix VAROQUI, Pierrot TAILLEUR et René MICHELS avaient pris goût à parcourir le ban de la commune pour repérer et dénicher les nids de corbeaux. Ce jour là, le 25 mai 1944, ils trouvèrent en contrebas de la voie ferrée un petit objet mystérieux. Félix, l'aîné de la bande, affirma avec assurance connaître cet objet. Sûr de lui, il le ramassa et commença à le manipuler. C'est alors que le drame se produisit. L'objet lui explosa dans les mains en le blessant très grièvement au bas-ventre. Transporté à l'hôpital, il décéda le lendemain. Armand eut un doigt arraché et perdit un œil. Quant à Pierrot, il ne fut que légèrement blessé par quelques éclats.

KERLING (novembre 1944)

Le village déplora huit victimes civiles de l'artillerie américaine en novembre 1944.

- Mme FELTZ née Catherine SIEBENBORN de Sierck (65 ans), tuée par éclats d'obus (06.11.1944)

- Mme SCHEIDSTEGER née Anne BOGUSCHEWSKI de Kœnigsmacker, tuée par éclat d'obus au coeur (06.11.1944)

- CLEMENT François (61 ans), tué par éclat d'obus à la tête (08.11.1944)

- FOUSSE Aloyse de Sierck (32 ans), tué par éclat d'obus à la jambe (08.11.1944)

- Mlle HIBERT Germaine de Sierck, célibataire, tête percée par éclat d'obus (10.11.1944)

- Mme HANDT née Marguerite BROCHARD (40 ans), tuée par éclats d'obus (11.11.1944)

- HANDT Jean (6 ans), fils de la précédente, tué par éclats d'obus (11.11.1944)

- BETANNIER Jacques, veuf , de Rettel (73 ans), tué par éclats d'obus (11.11.1944)

BERG-SUR-MOSELLE (11.02.1945)

Le 11 février 1945, Monsieur Charles HAAN, 42 ans, heurta une mine allemande dans son jardin. L'engin explosa et le malheureux fut si grièvement blessé qu'il mourut peu de temps après son admission à l'hôpital civil de Beauregard.

KERLING (27.03.1945)

A la suite de l'explosion d'un engin de guerre, Aloyse MARCK eut le 27 mars 1945, la main droite gravement mutilée.

GUERSTLING (06.04.1945)

Le 6 avril 1945, Monsieur Théodore WOLF, employé à la SNCF et père de deux enfants, demeurant à Guerstling, heurta une mine allemande et fut littéralement déchiqueté.

CREUTZWALD (06.04.1945)

Pour faire exploser une mine anti-char allemande trouvée dans la forêt, le petit Paul GEGLEC, 12 ans, demeurant à Creutzwald, se servit d'une hachette. Le premier coup provoqua naturellement l'explosion. L'enfant fut déchiqueté.

BASSE-YUTZ (11.04.1945)

Ce jour là, mercredi 11 avril 1945, Charles BADER (12 ans), Gilbert TRUNZERT (12 ans) et Roland GABBARO (15 ans) s'amusèrent à jeter des pierres sur une mine abandonnée devant le café RICHARD à Basse-Yutz. Comme prévu, l'engin explosa. Les trois garçons très grièvement blessés succombèrent peu après leur admission à l'hôpital de Thionville.

CONTZ-LES-BAINS (14.04.1945)

Deux jeunes garçons, Marcel WINCKEL (10 ans) et René SENNIGER (10 ans), tous deux de Contz-les-Bains, sautèrent sur une mine aux abords de la Moselle, à proximité du pont. La mort fut instantanée.

HAUTE-KONTZ (14.04.1945)

Ce jour, le 14 avril 1945, trois jeunes enfants de Haute-Kontz, du nom de RITT, mais de deux familles différentes, ramassèrent un obus abandonné dans une haie à proximité du village. L'obus explosa et les trois jeunes enfants furent affreusement déchiquetés. Ils étaient âgés respectivement de deux, trois et quatre ans.

HAUTE-SIERCK (14.04.1945)

Ce jour, samedi 14 avril 1945, Mademoiselle Marie-Jeanne DELVO, en regagnant son domicile à Haute-Sierck, s'écarta du chemin et sauta sur une mine. Son corps fut déchiqueté. La malheureuse victime était âgée de vingt ans.

INCROYABLE HECATOMBE A THIONVILLE (Caserne Jeanne d'Arc 17.04.1945)

Le bataillon du commandant KOCH, venant de la Marne, est en route pour l'Allemagne et fait étape à la caserne Jeanne d'Arc de Thionville. Ce jour là, 17 avril 1945, vers 9h30 du matin, un jeune officier anime une séance d'instruction sur les explosifs (probablement une mine très puissante) devant une centaine de jeunes militaires groupés autour de lui dans la cour de la caserne. C'est alors que, pour une raison indéterminée, une explosion retentit. Ce drame atroce provoque la mort de 29 soldats dont le commandant KOCH et en blesse environ 70 dont certains très grièvement. Après cette incroyable tragédie, toute la population est profondément consternée et toute la garnison est en deuil.

KUNTZIG (17.04.1945)

Monsieur Michel LAUMESFELD, retraité âgé de 68 ans, eut le malheur de soulever une mine allemande qui éclata aussitôt. Il eut la jambe droite littéralement déchiquetée. Transporté à l'hôpital civil de Thionville Beauregard, il succomba le lendemain.

OBERNAUMEN (27.04.1945)

A Obernaumen, un cultivateur, Monsieur Pierre DELVAL, 62 ans, heurta une mine. Il fut tué sur le coup.

BUDING (27.04.1945)

Ce même jour, Monsieur Pierre ROCK de Buding, âgé de 21 ans, sauta sur une mine et succomba aussitôt.

MARIEULLES (27.04.1945)

A Marieulles, deux ouvriers chargés du déminage, Messieurs Maurice LENOIR et Jean RANZEWSKI, ont été victimes de leur devoir en sautant sur une mine. Un troisième, Monsieur Jean GASPARD, a été grièvement blessé.

LOUDREFING (27.04.1945)

A Lourdrefing, Alfred STAUB, un jeune garçon âgé de 15 ans s'est amusé avec un "Panzerfaust" (arme antichar légère allemande). Celle-ci explosa et l'imprudent garçon fut atrocement déchiqueté.

KERLING (09.05.1945)

Entre Kerling et Fréching, un char allemand est abandonné avec une chenille détruite. Ce jour là, le jeune François BERGER âgé de 10 ans, en passant devant le char, eut l'idée saugrenue de le faire exploser avec les obus qui se trouvaient encore à l'intérieur, en lançant tout simplement une grenade dans la tourelle du char restée ouverte. Par malheur, la grenade lancée maladroitement, au lieu de tomber dans le char, rebondit sur sa paroi et explosa en blessant très grièvement l'imprudent garçon. Transporté d'urgence à l'hôpital de Thionville, il y décéda en arrivant.

HAUTE-SIERCK (16.05.1945)

Stanis KURECK, âgé de 40 ans, garçon de ferme d'origine polonaise, employé dans la ferme de Pierre JOLIVALT de Kerling, bénévolement, à ses risques et périls et à ses moments de loisirs, déterra plusieurs centaines de mines sur le ban de la commune. Avec sa brouette, il les rassemblait dans le vallon, en face de la ferme des MATHIS à l'entrée de Haute-Sierck, en vue de leur destruction par les services officiels de déminage de la préfecture. Arrivé à la fin de cette redoutable opération à risques, que s'est-il passé ? Est-ce qu'une mine lui a échappé des mains ? A t'il trébuché ? Nul ne le saura jamais. Toujours est-il qu'à ce moment là, une terrible explosion se produisit, la déflagration fit voler en éclats les vitres des maisons alentour et le corps du pauvre Stan fut déchiqueté. Les lambeaux de son corps et de ses vêtements furent projetés dans les arbres à plusieurs dizaines de mètres à la ronde. Ce travail de bénévolat à très hauts risques a coûté la vie à ce pauvre Stan et a épargné, à n'en pas douter d'autres vies humaines. Une place ou une rue à Haute-Sierck devrait rappeler le souvenir de l'acte héroïque de ce brave polonais.

BUDLING (21.05.1945)

Des enfants du village ayant trouvé un sac de poudre, y mirent le feu. Le jeune Firmin WALLERICH, âgé de dix ans fut si grièvement brûlé  qu'il décéda des suite de ses brûlures.

KIRSCHNAUMEN (26.05.1945)

Les deux frères WEISTROFFER, âgés respectivement de 13 et 17 ans, ont été tués par les éclats d'une mine. L'accident s'est produit dans la forêt du village.

WALDWISSE (28.05.1945)

Deux enfants du village, Harig et Grün s'amusant sur la place publique, ont été grièvement blessés par l'explosion d'un "Panzerschreck" (arme antichar allemande) et durent être hospitalisés.

OUDRENNE (01.06.1945)

Messieurs Henri HESSE et Gino ACCATO, le premier de Moyeuvre-Grande, le second de Rosselange, chefs d'équipes de prisonniers allemands occupés au déminage ont sauté sur une mine. Monsieur ACCATO est grièvement blessé et son camarade a le pied gauche sectionné. En urgence, tout deux sont transportés à l'hôpital de Moyeuvre-Grande

KOENIGSMACKER (07.07.1945)

Charles STEINMETZ et Jean REILAND, qui avaient fait une promenade en barque en Moselle, heurtèrent une mine en accostant. Monsieur REILAND fut déchiqueté et Monsieur STEINMETZ, grièvement blessé dut être transporté à l'hôpital de Thionville Beauregard.

MONTENACH (13.07.1945)

Deux enfants, Joseph MICOT, 11 ans, et Fernand WEINACHTER, 9 ans, manipulaient dans le jardin de l'école un obus qu'ils avaient trouvé dans une maisonnette située à proximité. L'obus explosa et les deux jeunes enfants furent tués sur le coup.

KERLING (11.08.1945)

Ce jour là, une équipe de démineurs d'affairaient à déminer le secteur longeant la sapinière située à gauche de la route qui descend vers Petite-Hettange. Soudain, pour une raison que l'on ignore, le tas de mines amassées le long de cette route explora et déchiqueta les cinq démineurs qui se nommaient :

- Edouard MROCZINSKI (26 ans), chef démineur

- Edgar SCHNABEL (21 ans), prisonnier de guerre allemand

- Helmut PREISLER (21 ans), prisonnier de guerre allemand

- Erick BAUERLE (18 ans), prisonnier de guerre allemand

- Gunter VOGEL (20 ans), prisonnier de guerre allemand

Une stèle à la mémoire de ces victimes a été érigée dans le cimetière de Kerling. Certains prisonniers allemands étaient volontaires pour accomplir cette tâche à très haut risque car ils percevaient une rétribution et bénéficiaient d'une nourriture améliorée.

MONTENACH (19.09.1945)

Les cantonniers Mathias HENRY (22 ans) et Cyriaque STEICHEN (53 ans), tous deux de Montenach, occupés à la réfection de la route de Kirschnaumen, sautèrent sur une mine. Leurs corps furent atrocement mutilés et la mort fut instantanée.

FILSTROFF (29.09.1945)

En dégoupillant une grenade dont ils voulaient se servir pour la pêche, Joseph REITZ (26 ans) a été mortellement blessé, tandis que son frère Jean a été sérieusement atteint à l'œil.

SCHENGEN (03.11.1945)

Dans la forêt de Schengen, plusieurs habitants du village s'affairaient à charrier des grumes. Soudain, la tête de l'un de ces troncs d'arbre heurta une mine enfouie au bord du chemin. Celle-ci explosa tuant net deux personnes et en en blessant une autre très grièvement.